Comme son nom l’indique, Lindemann est un projet musical mené par le chanteur de Rammstein, Till Lindemann, en collaboration avec l’artiste suédois Peter Tägtgren leader des groupes Pain et Hypocrisy (également connu pour ses talents de producteur). Après une rencontre arrosée en 2000 dans un pub à Stockohlm suite à une beuverie orchestrée par Clawfinger, les deux artistes décident d’unir leur univers rock et quelque peu barré pour un faire un premier album sorti en 2015 sous le nom “Skills In Pills”. Alors oui, il leur en aura fallu du temps pour accoucher de ce premier bébé (mais bon, vu les emplois du temps chargés des bonshommes, on ne va pas chipoter). Malheureusement le rendu a été plus que médiocre. Je sais c’est violent mais il faut appelé un chat… bah un chat. L’album, quoi que bien produit, n’est en réalité qu’un mix grossier entre le style de Pain et de Rammstein. Pas vraiment de tubes ou de titres qui sortent du lot si ce ne sont les pires. Till a voulu s’aventurer à chanter en anglais, ce qui n’était vraiment pas une bonne idée… Les textes sont très voir trop simples, digne d’un élève de CM2, les paroles sont vulgaires, glauques et malsaines… Même si l’on sait que le duo aime jouer sur ce genre d’ambiances, le rendu était tout simplement gênant surtout connaissant les messieurs, on s’attendait à mieux.

Bref, l’erreur est humaine et malgré ce gros raté, Lindemann a décidé de faire un deuxième essai et contre toute attente, ce deuxième album “F Und M” est plutôt réussi. Le duo a enfin trouvé la recette parfaite qui mêle leurs univers musicaux et tous les trucs un peu fous qui se passent dans leur tête, ils se sont aussi éloigné de leur zone de confort en proposant des titres surprenants qui apportent beaucoup de nuances à ce disque.L’album est déjà porté par une base plus solide que le précédent, puisqu’il est né d’une collaboration avec le Hamburg Thalia Theater qui a demandé au groupe de composer des morceaux pour la nouvelle adaptation de la pièce “Hansel et Gretel”, la fameuse histoire des frères Grimms. A la suite de ça, le duo a donc potassé sur six titres supplémentaires pour en faire un album entier. Les thèmes abordés sont toujours aussi sombres et glauques avec notamment l’abandon, le cannibalisme et autres sujets malsains (avec en fond des petits piques contre le patriarcat), et ils sont enfin abordés avec la dose d’humour noir et de second degré qu’il faut.

Till Lindemann a repris son chant en allemand, et même si sa voix et la langue sont difficilement dissociables de Rammstein, on le sens quand même plus à l’aise et épanouie dans sa langue maternelle. Ce disque est assez étonnant et propose différents univers. On retrouve des morceaux évidents mixant les influences d’Hypocrisy, Pain et de Rammstein… des tubes indus métal plutôt efficace avec synthés, choeurs et instruments à vent comme “Steh auf”, “Ich WeiB est nicht”,  “Allesfesserr” et “Blut” (un début d’album du coup basique mais efficace). Dans le disque, on retrouve aussi des compos qui font penser à du Rammstein ( c’était un peu obligé vu l’aura et le timbre de voix de Lindemann) comme “Platz Eins” et “Gummi”. Parmi les OVNIS et clairement les bonnes surprises : on a adoré “Knebel”, un morceau composé à partir d’un hymne datant de la guerre de Sécession intitulé “When Johnny Comes Marching Home”. Sur ce titre, la voix de Till est un élément-clef faisant penser à celle d’Iggy Pop sur son dernier album “Free”…une voix grave, habitée, une sorte de crooner déglingué est légèrement flippant. Un morceau pour lequel le duo a sorti un clip qui résume bien l’ambiance de ce “F Und M” avec critique du patriarcat, humour très noir et images chocs voire dérangeantes (personnellement, je n’accroche pas du tout mais je souligne le courage de sortir ce genre de vidéo et surtout de s’attaquer à des sujets comme ceux-là).

Lindemann est un projet complexe qui ne fera pas l’unanimité, c’est clair. Mais avec “F Und M” le duo nous montre enfin l’étendue de son talent, et l’alchimie entre les deux fonctionne très bien. L’album est surprenant et apporte un peu de relief dans notre scène métal par moments un peu trop homogène. Certains diront que l’univers du groupe est ringard, d’autres iront plus loin et il est vrai que quand on gratte un peu dans tout cet humour et ces visuels gras et malaisants (oui je sais ce n’est pas un mot qui est dans le dico mais il parle à tout le monde), on se rend compte qu’il y a des messages, des revendications et aussi une forme de folie plutôt captivante. En conclusion, je dirai que l’écoute de cet album m’a mis dans le même état que mon premier visionnage du film Franco-belge “Grave” (réalisé par l’incroyable Julia Ducournau en 2016), on en ressort un peu nauséeux, perplexe et surpris… mais au moins, ça nous a fait ressentir quelque chose, pas vraiment ce qu’on attendait mais c’est ça aussi être vivant.