On pouvait s’attendre à voir le Petit Bain de Paris plongé dans une atmosphère glacée ce 18 Février 2026 simplement en voyant MØL à l’affiche ! Le groupe danois de black-gaze réalisait la 13e date de sa tournée européenne en l’honneur de la sortie de son album Dreamcrush paru en Janvier 2026. Pourtant, ce n’est pas dans le froid mordant prévisible que la soirée s’est déroulée, et ce grâce à un line-up particulièrement éclectique et original. Retour sur un des lives qu’il ne fallait pas rater en ce début d’année.
19h30, les portes du Petit Bain s’ouvrent, délivrant le groupe de spectateurs perché sur la terrasse de la pluie qui inonde la capitale. La salle se remplit de moitié avant que la lumière ne diminue et meurt, nous laissant à peine deviner le nom du premier groupe sur son backdrop : Cold Night For Alligators. Tout droit venu de Copenhague, le quintet reconstitué leadé par Johan Pedersen au chant et Nicolaj Lauszus à la batterie projette un metal progressif moderne et lumineux. Le chant clair habité et la présence scénique de l’ensemble des membres marquent les premiers morceaux ; le Petit Bain s’échauffe sérieusement à coup de polyrythmie et plâne à l’occasion d’interludes plus électroniques et atmosphériques. On se sent à la croisée du prog, du metalcore et de l’alternatif avec des phases qui rappellent parfois Tesseract, Textures ou Leprous. Le groupe termine son premier passage en France avec ‘Water’ issu de leur troisième album The Hindsight Notes, un morceau très prenant, rempli d’émotion, point d’orgue d’un set touchant et chaleureux.

C’est Tayne, groupe originaire de Dublin et maintenant basé au Royaume-Uni, qui emboite le pas de CNFA. Le trio ne laisse aucun répit au public avec d’entrée de jeu une énergie débordante, un son épais tissé de synthétiseurs 80’s agressifs, d’une guitare nourrie par un pedalboard digne d’un musicien de shoegaze, et d’une basse fournie en fuzz. Difficile de placer stylistiquement le groupe : on alterne entre des loops indus, des plans très punk, des phases noise, l’ensemble conduit par la voix de Matt Sutton oscillant entre screams écrus et voix claires pincées. Son timbre singulier – à demi félin – plongé dans un flanger mêlé à la mixture indus-punk-noise nous amène presque à faire des ponts avec Rob Zombie, Nine Inch Nails et autres Health. Si le public du Petit Bain est moins en mouvement, il n’en est pas moins épaté par la scénographie synchronisée et la férocité constante du show ! Plus le set avance, plus le monde s’approche de la scène pour profiter de cet ovni, si bien qu’à la fin de leur passage, la fosse est pleine. Après une telle intensité, l’arrêt net du son résonne bien étrangement marquant la fin d’un trip déroutant et pourtant addictif !

Enfin vient le moment que tout le monde attend. Une dernière fois, le service de la salle s’éteint, laissant le public dans la pénombre. Une lumière turquoise jaillit du fond de scène, les membres de MØL entrent et font sonner les premières notes de ‘Hud’. Comme au départ d’un long voyage, ce morceau résonne à la manière d’un adieu au “monde d’avant”, lançant la foule dans l’aventure que représente Dreamcrush. Cet album, témoin du parcours du groupe, s’est avéré être particulièrement plus lumineux et apaisé que ces deux prédécesseurs, un ressenti qui se confirme tout au long de ce live authentique et chaleureux, et ce malgré une setlist naviguant notamment dans Jord, le premier album bien plus brumeux. La performance scénique est grandiose, MØL livre un black-gaze vibrant et sulfureux aux couleurs iridescentes. Le chant perçant et envoûtant de Kim Song Sternkopf, les guitares aquatiques puis mordantes de Nicolai Hansen et l’ex-bassiste Holger Rumph-Frost, le jeu ethéré et puissant du fondateur et batteur Ken Klejs emportent le public bien loin du froid et de la pluie parisienne. Et puisque les au revoir laissent toujours un goût amer, le frontman Kim descend de scène, se mêle à la foule et lance ‘Bruma’, titre incontournable de la discographie du groupe. En osmose avec le public, il scande les dernières paroles qui résonnent dans toutes les bouches de la fosse du Petit Bain, clôturant le concert dans un instant touchant et tendre, bien loin de ce qu’on peut habituellement voir lors de rassemblements du genre.

Youenn Lerb pour RSTLSS




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