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Si vous n’avez aucune appétence pour les musiques extrêmes qui dépeignent des paysages froids, parfois désolés, parfois surnaturels et majestueux, des histoires sinistres et d’autres merveilleuses, vous pouvez passer votre chemin. Ou bien vous pouvez attraper un thé, vous installer confortablement et passer les 36 prochaines minutes à écouter un death metal aux aspirations black qui vous fera revenir sur votre instinct premier d’écarter quelque chose qui de prime abord vous repousse. Midnight, deuxième album des alsaciens de Towards The Throne sorti le 27 février 2026, est tout à fait déroutant et fédérateur. Le quatuor confirme la direction prise avec leur premier LP Vowed To Decline (2021), proposant un death metal à la sauce scandinavienne 90’s très coloré par ses apports en black metal symphonique. Cependant, et c’est là que TTT se démarque, l’alchimie des styles, justement dosée et bien diluée dans des morceaux labyrinthiques, nous éloigne de toutes étiquettes archétypales. Le groupe ne nous propose pas un hommage, mais bien un voyage qui, pour Midnight, nous emmène aux confins des rêves et des cauchemars.

 

L’ouverture de l’album parle d’elle même, The Void : Road from Chaos oscille entre synthétiseurs, orchestres et clavinet noyés dans l’écho d’un chuchotement sournois. Une première fois, la foudre métallique s’abat avant d’à nouveau laisser place au vide dans lequel on se sent basculer petit à petit. Comme happé par les chuchotements, on se laisse sombrer jusqu’à ce que la brèche s’ouvre à nouveau. Ce deuxième basculement est définitif, plus aucun retour en arrière est possible : à l’image d’un mythe lovecraftien, nous sommes spectateurs d’un monde régi par les chimères de l’imaginaire. Cette idée de déroute “lovecraftienne”, on la ressent presque tout le long de l’album, elle nous tient en haleine et déteint de multiples manières sur l’ensemble de la tracklist : Midnight, titre éponyme, est gorgé de chaos abrupt, là où A Poisonous Flower In The Desert nous emmène dans un univers beaucoup plus onirique bien qu’étrange. On retrouve aussi des couleurs très éthérées dans Caught Between Breaths et ses chorus passés au vocoder, contrastant très fortement avec la fureur irrépressible du morceau qui suit Malice in Veins.

 

L’album est très bien articulé, cohérent et dynamique, très efficace dans son ensemble, si bien que quand ‘Noir’, dernier morceau de la tracklist, arrive, on n’a pas senti le temps passer. Midnight est un trou dans l’espace temps, naviguant à travers les différentes sphères de l’imagination de Gauthier Ressel et sa bande ; c’est encore une preuve que les groupes undergrounds français proposent un regard unique au croisement de plusieurs courants, créant leur propres chemins en dehors des sentiers battus à la manière des alchimistes. Towards The Throne est actuellement en tournée en première de Thy Catafalque, le 27 mars à l’Antirouille de Montpellier, le 30 à Le Ferrailleur de Nantes, le 31 à Le Backstage de Paris et enfin à l’Autre Canal de Nancy le 1e avril ; si cette plongée d’une quarantaine de minutes vous a séduit, on ne peut que vous recommander d’aller à la rencontre de leur univers sur scène.

 
 

Youenn Lerb pour RSTLSS