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L’hiver ne manquait pas de rendez-vous marquants en ce début d’année 2026. BARREN, nouveau venu de la scène deathcore/djent française, est venu annihiler l’Anti-club du Cirque Électrique du haut de son année d’existence. Emmenant avec eux les plus chevronnés Lies We Sold, HRFTR et le plus récent LEAF, BARREN faisait la promesse d’une soirée aussi mémorable que suffocante. Promesse tenue, le premier passage sur Paris du groupe pourtant francilien affiche sold-out quelques heures avant le lancement des hostilités. L’Anti-club s’apprête à vivre une soirée 100% moderne française qui restera dans les mémoires.

Avant de marquer les esprits et puisque tout ne peut pas être parfait, les portes s’ouvrent avec un peu de retard. Incontestablement, c’est aussi ce retard qui permet à la petite salle parisienne d’être à jauge pleine à peine quinze minutes plus tard. On peine à se déplacer pour atteindre la scène où vient de se lancer le premier set : LEAF. Le quatuor francilien propose une entrée en matière percussive avec ‘Aster’, issu de leur premier album sorti en novembre 2025 ! La frappe s’abat sur le public immédiatement et emmène dans un tumulte le cœur du pit qui se met instantanément en mouvement. La lourdeur des riffs appuyés par les screams du frontman Oli domine largement, entrecoupée régulièrement de chorus beaucoup plus lumineux et colorés, chantés en clair par le bassiste Lucien. Cette dualité metalcore/djent aux nuances parfois plus luminescentes transporte la foule, touchée par ces influences à la ERRA et The Healing. La tracklist ne perd pas en intensité, passant par les excellents ‘Myosotis’, ‘Dahlia’ titre éponyme de l’album, et enfin ‘Jacinthes’ pour conclure avec un mélange français/anglais très appréciable entre les deux voix.



Une petite demie heure passe avant de retrouver le mastodonte HRFTR sur la scène de l’Anti-club. Fraîchement arrivée de Mulhouse pour dévoiler leur nouvel album What If That’s All There Is, sorti le lendemain du live, la formation de deathcore moderne écarte dès son premier titre ‘Mirage’  toute accalmie possible. Chaque breakdown s’écrase comme les phalanges d’un poing sur une vitre brisée, chaque rupture annonce un choc plus violent et profond que le précédent. L’omniprésence scénique de Jérémy, frontman et vocaliste, est parfaitement soutenue par un show de lumière irrépétible. Le chaos gagne le cœur de l’Anti-club, possédant la fosse qui ne cesse de bouger. Alors que ‘Deadweight’ se lance, le groupe est rejoint par Éric, chanteur de Widespread Disease en featuring sur le nouvel album des alsaciens. La scène est d’anthologie, les deux chanteurs foudroient le public. Avec leur son rempli de noirceur, épais comme la poix, et la violence sans concession de leur set, HRFTR clôture en beauté avec ‘Catharsis’ issu de leur premier EP Brumes sorti en 2023, plus inspiré des sonorités les plus brutales de Silent Planet et ten56. pour marquer une dernière fois les esprits.


Après autant de fureur, LIES WE SOLD redonne un peu de souffle au public de l’Anti-club avec un metalcore certes massif mais bien plus coloré et éthéré que leur prédécesseur ! Le groupe parisien lance leur set avec ‘Echoes Inside’, dernier single sorti le jour même, titre agressif et spontané qui donne le ton. Le morceau très bien articulé entre chorus lumineux, mosh parts incisifs fait une intro parfaite, satisfaisante et efficace. Le public est déterminé ; à plusieurs reprises, la fosse s’ouvre en deux pour finalement s’entrechoquer sur l’impact abrupt d’un breakdown, suivant les calls d’Anthony le frontman. L’ensemble des membres livre une performance aussi intense que solide, fait résonner leurs singles ‘Nine Circles Deep’ et ‘Frame Of Mind’ avec puissance avant de marquer une courte trêve dans leur set pour rendre hommage à Nico, guitariste du groupe WAYS (dont Anthony est le bassiste), disparu quelques jours auparavant. Le quatuor entame alors en émoi ‘Fragments’, un morceau beaucoup plus contemplatif, tout de même marqué par un breakdown impactant, nous laissant ressentir leur choc et leur peine en musique. Le set se termine par ‘Ethereal Dreams’, livrant une dernière fois à cœur ouvert leur univers mélancolique.


Après un changement de plateau considérable, la scène plonge dans le noir à nouveau, une brume épaisse gagne l’intégralité de la salle, une pulsation furtive et profonde résonne et se meut autour du public. Dans un fracas abyssal, BARREN fait s’abattre leur colosse ‘Mirage’, écrasant de tout son poids l’Anti-club ! La frappe est inesquivable, le jeu technique des trois musiciens Vincent à la guitare, Sylvain à la basse et Virgile à la batterie est rapidement rejoint par le scream singulier de Bakared, leader du quartet de djent-core. Avec ce premier morceau, BARREN nous plonge dans son univers futuriste, brutal, épaulé par un jeu de lumière soutenu, quasiment uniquement orienté vers le public, l’aveuglant brusquement dès que la violence est de mise. Pour compléter leurs quatre singles déjà parus, le groupe dévoile deux tracks inédites, tout aussi techniques et imposantes ; mais malgré une férocité inflexible, le style proposé par la formation reste cinématique, à plusieurs reprises contemplatif et enivrant. On a parfois l’impression de se perdre à l’occasion de phases plus atmosphériques dans un décor d’un film de Denis Villeneuve, rendant la redescente vers l’obscurité et le chaos des breaks encore plus déroutante. C’est le cas de l’avant-dernier morceau ‘Alone’, titre phare du premier EP Aerium, qui met un point d’honneur à faire ressentir ce contraste. BARREN conclut leur premier passage sur la capitale avec ‘Aerium’, single éponyme vibrant et puissant, assénant une dernière fois au public une frappe létale pour le marquer.

Si l’on ne devait retenir qu’une chose, c’est qu’aucun de ses groupes n’a laissé une part du public de côté. Tous fédérateurs à leur manière, et ce malgré des univers parfois hostiles, chaque groupe a su inviter la foule à le suivre, gravant en grande pompe l’une des plus belles soirées core/djent que l’on a pu vivre à l’Anti-club.

Youenn Lerb pour RSTLSS