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Nouvel album pour UNTITLED WITH DRUMS
Chronique album15 septembre 2026 · Par Sushii_iced · 4 min de lecture

Nouvel album pour UNTITLED WITH DRUMS

On parle beaucoup de ce qu’on ressent. Beaucoup moins de ce qu’on fait semblant de ne pas ressentir. La honte qu’on enfouit, les contradictions qu’on entretient, le déni qu’on préfère à la lucidité. C’est un territoire que la plupart des gens évitent soigneusement. Untitled With Drums, eux, y ont construit un album.

(photo @wird)

Il aura fallu près de quatre ans. Quatre ans de remises en question, de morceaux retravaillés jusqu’à trouver leur juste équilibre, d’allers-retours entre ce que le groupe voulait dire et la façon dont il voulait le dire. Made Flesh, deuxième album d’Untitled With Drums sorti le 21 août chez Season of Mist, porte les traces de ce travail, pas comme des cicatrices, mais comme quelque chose de mûri.

Enregistré à la Halle du Jeu de Paume de Vic-le-Comte, là où le quatuor clermontois (Martin Le Borgne à la basse et au chant, Lucas Delay à la guitare, Nicolas Zalachas aux claviers et aux chœurs  et Rémy D. Perrin à la batterie) répète depuis ses débuts, l’album a été construit dans un environnement familier. Ce cadre de confiance se ressent : Made Flesh sait exactement où il va et n’a pas besoin de le crier.

Ce qui ressort d’emblée, c’est la manière dont le groupe maîtrise les contrastes. Les guitares peuvent se faire lourdes et abrasives, parfois même violentes, avant de laisser place à des passages beaucoup plus ouverts, presque suspendus. La batterie accompagne ce mouvement avec une précision qui n’a rien de mécanique : la tension monte, retombe, puis revient.

Cette dynamique fait naturellement écho à certaines des influences revendiquées par le groupe. Deftones, Failure ou Cave In se devinent dans cette façon de faire cohabiter lourdeur et apesanteur, tandis que Superheaven et Quicksand complètent un héritage que Made Flesh absorbe sans jamais se laisser enfermer par lui. Les références sont là, mais Untitled With Drums les utilise comme un point de départ plutôt que comme une direction à suivre.

Et le propos est plus corrosif qu’il n’y paraît. Made Flesh s’intéresse à nous. Pas à une idée abstraite de l’humanité, mais à ses travers les plus concrets : l’égocentrisme, le déni, la honte, le besoin de reconnaissance ou encore cet optimisme mal placé qui permet parfois d’éviter de regarder les choses en face. Au fil des dix morceaux, les points de vue changent et les contradictions prennent différentes formes.

(photo @wird)

Shame fait de la honte et de la culpabilité quelque chose dont il devient presque impossible de se détacher. Sur Gray, le mécanisme est différent : tout se teinte progressivement de la même couleur jusqu’à l’engourdissement, comme si ne plus rien ressentir permettait de continuer à prétendre que tout va bien. Change For You, lui, pousse la contradiction ailleurs : reconnaître ses erreurs, savoir que le changement est possible, mais choisir malgré tout de rester exactement là où l’on est.

Ce ne sont là que quelques-uns des travers que Made Flesh explore au fil de ses dix morceaux. Les situations et les points de vue changent, mais Untitled With Drums ne distribue jamais de leçons. Le groupe observe, grossit parfois le trait et laisse chacun se débrouiller avec ce qu’il reconnaît. Parce qu’on finit toujours par reconnaître quelque chose.

Cette dualité ne traverse pas seulement les textes, elle donne aussi son mouvement à l’album. Les riffs les plus lourds ne tombent pas au hasard et les passages atmosphériques ne servent pas simplement de respiration. Ils laissent la tension se dissiper, ouvrent l’espace, puis donnent davantage de poids à ce qui revient derrière. Made Flesh avance ainsi dans un mouvement presque permanent entre retenue et impact, sans avoir besoin de choisir définitivement l’un ou l’autre.

Six ans après Hollow, sorti en mars 2020 à quelques jours du premier confinement (timing particulièrement cruel pour un premier album) et après l’EP Symbols fin 2025, Untitled With Drums n’arrive pas sur Made Flesh avec l’envie de tout reprendre à zéro. Il s’agit moins de réinventer son identité que de l’affirmer pleinement. Hellfest, Nuits de Fourvière aux côtés de Deftones, Desertfest à Londres : le chemin parcouru s’entend.

Made Flesh n’est pas un disque qui cherche à plaire à tout le monde. C’est un disque qui préfère être juste. Et pour un album qui parle d’auto-illusion, c’est peut-être la forme d’honnêteté la plus cohérente.

sushii_iced

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